La pénurie de sang dans les hôpitaux est toujours d’actualité au Bénin. De nombreux malades continuent de perdre leur vie par manque de sang sous le regard impuissant des soignants. Cette situation qui perdure s’explique surtout par le désintérêt observé de plus en plus au niveau des jeunes. Pourtant, ils représentent la cible la mieux indiquée pour le don bénévole de ce liquide précieux.

« Les conditions de prélèvement de sang ne me rassurent pas…» confie un jeune homme, la vingtaine, qui a requis l’anonymat. « J’ai un groupe sanguin qui est recherché et je ne m’amuse pas avec en donnant gratuitement mon sang…», renchérit un autre. Voilà des propos de jeunes qui montrent leur désintérêt à donner leur sang gratuitement. Face à ce constat, le Dr François Ahlonsou, chef service national de transfusion sanguine explique: « Les jeunes de 18 à 25 ans sont de moins en moins nombreux à être donneurs de sang bénévole. Le bénévolat est à rude épreuve. Au moment où, avec l’application des directives de l’Organisation mondiale de la santé (Oms) dans certains pays du monde depuis 2008, plus de 50% de leurs donneurs sont des jeunes de 18 à 25 ans, alors que le Bénin est entre 35% et 38%. Or c’est sur cette couche juvénile que nous devons prélever le maximum de sang et les fidéliser le plus longtemps possible pour être sûrs d’avoir de sang de qualité ». Pour le chef de ce service, les jeunes préfèrent la séro-ignorance mais ceci est peut-être dû au fait qu’il n’y a pas de possibilité pour le dépistage systématique. La journée mondiale du don de sang 2010 qui a pour thème «le monde a besoin de sang neuf » et dont le lancement officiel a eu lieu à Parakou a été une occasion pour les responsables du service de transfusion sanguine de sensibiliser les jeunes du Bénin à ce sujet. Il s’agit en majorité des jeunes élèves et étudiants âgés de 18 à 25 ans. Mais cette sensibilisation ne donne pas encore les résultats escomptés.

   La pénurie toujours présente!

   Nous sommes à la banque de sang du Cnhu-Hkm. Une jeune dame, assise sur un banc, les deux mains sur la tête, pleure à chaude larme. On vient de lui annoncer qu’il n’y a pas de sang pour sauver son enfant de groupe sanguin O. Elle doit se rendre à l’hôpital de la mère et de l’enfant-lagune (Homel) pour en acheter. Dame X dont l’enfant bénéficie d’une prise en charge par le service social du Cnhu ne dispose malheureusement pas d’argent pour l’achat d’une poche de sang. Il lui faut deux mille francs Cfa pour s’en procurer. « Nous assistons tous les jours à cette scène-là. Que Dieu nous épargne une maladie nécessitant la transfusion sanguine » lâche, d’un air désabusé, une technicienne qui s’apprête à rentrer chez elle. Peu après, entre un homme. Il se dirige vers le guichet, tend son bon de commande à l’agent qui est au poste. Celle-ci jette un regard furtif sur le bon et répond : « allez à l’Homel ». Sans un mot, l’homme, le visage tendu, retourne. Ces cas, parmi tant d’autres, sont courants dans les hôpitaux du Bénin et témoignent de la rareté de sang. La demande demeure toujours plus forte que l’offre. Les collectes effectuées de façon occasionnelle et à postes fixes ne suffisent pas pour couvrir les besoins au plan national. La situation est quasiment la même lors des grandes occasions comme celle du grand concert du musicien Ekon, organisé par Ernest Adjovi, l’initiateur de Kora Awards. A ce concert inédit, 356 poches de sang sont collectées contre les 2000 attendues, par l’ensemble des équipes du service de transfusion des départements du Mono, de l’Atlantique et de l’Ouémé. Par ailleurs, la célébration du cinquantenaire cinquantenaire a été également une occasion pour l’équipe du service de transfusion sanguine de faire une semaine à l’avance des prélèvements et ensuite le dépistage gratuit grâce aux laboratoires mobiles du programme national de lutte contre le sida. En trois jours en effet, l’équipe a parcouru la foire du cinquantenaire et les lieux de manifestations culturelles pour dépister plus de 1268 personnes avec l’aide de Cipec / Ouémé/ plateau, et du programme d’appui à la lutte contre le sida financé par la banque africaine de développement (Pas/Bad). « La transfusion sanguine coûte énormément cher à l’Etat. Il faut des bus de collecte de sang dans chaque département et une campagne systématique et tonitruante de don de sang tous les jours » conseille le Dr Ahlonsou. Néanmoins, rassure le docteur «nous n’avons pas de problème de poches à sang. Mais nous sommes actuellement en pré-rupture et avons fait appel à tous les chefs services départementaux pour qu’ils puissent s’approvisionner sur fond propre s’ils en ont les moyens encore. » Pour l’heure, ce sont les réserves stratégiques pour les cas de catastrophe qui sont répartis pour tenir le mois d’août dans l’espoir qu’en septembre la livraison des commandes soit faite.

    Les besoins réels en poches de sang

   « A Cotonou, précisément à la banque de sang du Cnhu, nous avons besoin au quotidien de 30 poches au moins ; de fournir également à la banque départementale qu’est l’homel et qui dessert les autres banques de sang de l’Atlantique / Littoral au moins 80 poches. Donc au minium 110 poches à consommer tous les jours. Mais difficilement nous nous retrouvons avec 60 poches à distribuer et 70 à titre exceptionnel » explique le Dr François Ahlonsou. Il poursuit : «Si nous nous retrouvons vendredi et qu’on donne 80 poches à l’homel pour desservir les départements puis 20 à la banque de sang de Cnhu, nous arriverons à satisfaire la demande vendredi soir, parfois samedi toute la journée. Mais le dimanche après-midi nous nous retrouvons en pénurie de sang dans tout le Bénin ». A l’en croire, il faut au minimum 100 poches par jour à consommer au niveau de l’Atlantique et du Littoral. S’il faut inclure les autres banques de sang qui sont périphériques, le nombre de poches minimum passe à 150 tous les jours. « La transfusion sanguine est une urgence. Elle doit faire partie des priorités au niveau du ministère de la Santé. Avec 50 poches prélevées en poste fixe et 100 poches à l’équipe mobile, on couvrirait les besoins » conseille-t-il. Par rapport au groupage, le groupe le plus demandé ou le plus connu chez les Béninois selon la classification est le groupe O. Il est à près de 52%. Vient ensuite le groupe B (24 à 25%) et le groupe A (23%.). « Ce sont des groupes rares. Pire si le patient est AB - c’est encore grave » informe François Ahlonsou pour qui, les rhésus positif sont autour de 92% au sein de la population et les rhésus négatif sont de 8%. Les rhésus négatifs sont périssables un mois après le prélèvement. Il souligne toutefois qu’il est important de connaître son groupe sanguin. Cela permet de prévenir beaucoup des situations de santé.

Source éleonore DJEGUI ,le matinal