Le fon, c’est le nom de la langue parlée par le groupe ethnique Fon. On dit aussi « fongbe » (gbe signifie « langue »). Les Fons habitent le sud du Bénin. Encore actuellement, un roi vit dans la capitale du royaume fon, Abomey. Le roi n’a qu’un pouvoir religieux et cérémoniel mais aucun pouvoir politique officiel puisque le Bénin est une démocratie de type occidental. La capitale politique est Porto Novo mais Cotonou est la capitale de fait, en raison de son importance économique. Le Royaume fon est aussi appelé Dahomey (ou Danhome) et on a beaucoup écrit sur le rôle important qu’il a joué dans le commerce des esclaves avec les Européens aux 17e et 18e siècles.

 

Si vous consultez des ouvrages à propos du Bénin, vous verrez que le Royaume du Bénin correspond à la région sud-est de l’actuel Nigeria et non aux frontières actuelles du Bénin. Le Royaume du Bénin est célèbre pour ses sculptures en bronze et de nombreux livres ont été écrits sur le sujet. Quand les Français ont libéré leurs colonies d’Afrique de l’Ouest en 1960, la République du Dahomey a vu le jour. Le nom Dahomey a été donné à tout le pays alors que le royaume ne comprenait pas la moitié nord. Au début des années 70, le Dahomey est devenu le Bénin justement parce que le nom « Dahomey » n’était représentatif que de l’un des nombreux royaumes à l’intérieur des frontières et que le nom « Bénin » était plus neutre et ne faisait référence à aucune ethnie en particulier. Le changement de nom devait améliorer les relations, parfois tendues, entre le nord et le sud du pays. Le choix du nom « Bénin » vient de la Baie du Bénin (sur l’océan Atlantique) où Lagos et Cotonou sont situées. Le nom de la Baie du Bénin lui-même vient probablement du Royaume du Bénin au Nigeria.

Au Bénin (pays à peu près de la taille de l’état de Pennsylvanie), on parle 50 langages locaux traditionnels et le fon est l’un d’eux. Le fon est la langue dominante dans le sud du Bénin mais n’est pas parlé ailleurs dans le pays. Et même dans le sud, le long des frontières nigériane et togolaise, on ne le parle pas non plus. Le français est la langue officielle et le dénominateur commun. Sans le français, les Béninois des différentes régions ne pourraient pas communiquer parce que les dialectes qu’ils parlent sont très différents. 50 langages regroupés en un si petit pays signifie qu’un villageois peut ne pas comprendre un autre villageois habitant à 30 km, à moins qu’ils ne parlent français tous les deux !

 

Historiquement, les Béninois n’ont pas de tradition d’écriture et de lecture. Ce sont les colonisateurs européens qui l’ont apportée. Le Bénin est francophone parce que, au temps des colonies, les Français ont instauré le système scolaire toujours en place aujourd’hui. Il est dommage que nombre d’écoles n’enseignent que le français, et pas les langues locales. Le résultat est que, souvent, un Béninois ayant suivi une scolarité jusqu’au lycée ne sait pas lire ou écrire sa propre langue maternelle ! La langue maternelle de chacun est sa langue locale, le français étant seulement enseigné à l’école. Généralement ceux qui parlent le français correctement sont ceux qui sont allés au lycée mais beaucoup n’ont pas eu cette chance. Parfois les gens qui ont réussi et qui ont bénéficié d’une bonne éducation, préfèrent parler le français plutôt que leur langue maternelle. Bien parler le français est perçu comme un signe de réussite sociale. Par opposition, les gens qui ne sont jamais allés à l’école et qui vivent dans les zones rurales, ne parlent guère que quelques mots de français.

 

 

Le fon, tout comme bien d’autres langues locales, a été transcrit par les Européens dans leur propre alphabet et les écoliers béninois ont donc fait de même. Le gouvernement béninois a mis en place quelques programmes, en dehors de l’école, pour apprendre la lecture et l’écriture du fon mais sans vrai succès. En fait, il n’existe aucune règle officielle concernant l’écriture, la prononciation, la grammaire, les accents, etc. applicable au fon. Les mots peuvent donc être écrits de manière différente selon les sources auxquelles on se réfère. De toute façon, on voit rarement le fon écrit et il n’existe que peu de textes disponibles. L’un d’eux est le Nouveau Testament traduit par des missionnaires.

Il existe un dictionnaire Français-fon, et fon-Français par Jean Rassinoux publié par Ediciones Selva y Sabana, Sociedad de Misiones Africanas (2000). Vous ne devriez pas avoir de problème pour le trouver actuellement à Cotonou mais je ne sais pas si on peut se le procurer hors du Bénin.  Il existe d’autres ouvrages relatifs au fon en vente sur amazon.com. Pour les détails consultez la page Livres et musique.

Le fon est une langue de tradition orale et savoir le parler est beaucoup plus important. Au Bénin, très peu de gens parlent anglais et tout le monde ne parle pas français. Vous ne ferez donc pas fausse route en apprenant le fon. Si vous devez vivre dans une ville et communiquer seulement avec des personnes éduquées, ou bien si vous allez au centre ou au nord du Bénin, apprendre le fon n’est pas si important. Par contre, si vous êtes au sud et si vous devez rencontrer des groupes sociaux différents, oui. En tant que simple visiteur, le fon peut aider mais le français reste prioritaire.  En général, plus vous voyagez vers le nord, moins la culture locale a été influencée par l’Ouest et moins les gens parlent français.

 

Une remarque importante concerne la façon dont le français influence le fon et comment le fon influence la façon de parler français au Bénin. Quand les français sont arrivés au Bénin, ils ont apporté avec eux de nombreux nouveaux concepts. Par exemple, les Béninois n’avaient jamais entendu parler de glace et de neige. Il fait si chaud au Bénin, qu’il n’y a évidemment aucune glace naturelle. Même en fon ils utilisaient donc les mots français « glace » et « neige ». « Tanti » est fréquemment utilisé pour désigner une femme d’une manière plus ou moins argotique ou familière. Ce mot est certainement un dérivé du mot français « tante ». « Monto » désigne une voiture et vient de « moto » en français. Si vous parlez fon avec quelqu’un et que vous butez sur un mot, essayez en français. Il devrait comprendre !

 

Le fon comme les autres langues locales ont eu un large impact sur le français parlé au Bénin, même par les personnes éduquées. Je suis sûr que de nombreux français arrivant sont assez étonnés de toutes ces différences. Souvent, les Béninois traduisent littéralement du fon au français, ce qui donne « Bonne assise ! » qui vient de Kudayi'jinjon en fon ou « Est-ce que tu es là ? » qui vient de a do fine a?. Expressions que vous n’entendrez jamais dans la bouche d’un Français sauf s’il a été au Bénin.

D’autres langues locales africaines ont aussi influencé le fon lors de migrations de population d’une région à une autre. En raison de la proximité des différents groupes ethniques, des mots ont été adoptés en provenance des idiomes voisins. Par exemple, l’expression Sobe do, do yi so est utilisée en fon mais elle vient du mina, langue parlée le long de la frontière togolaise, et signifie « à demain, oui à demain ».

Croyez-le ou non, l’anglais a aussi influencé le fon, mais moins que le français. Je suis sûr que cette influence vient de la proximité avec le Nigeria et le Ghana. Par exemple, le mot « changie » existe, qui vient de « change », (la monnaie). Ou encore « kissy » pour « bisou », « dola » (dollar) pour « 5 francs ». Et les exemples ne doivent pas manquer.

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