Le Bénin bénéficie de l'un des rares régimes démocratiques de l'Afrique et est parvenu à une relative stabilité économique. C'est pourtant également un pays où la mortalité infantile, la mortalité maternelle et le taux d'analphabétisme des femmes sont élevés. La pauvreté, l'analphabétisme et les problèmes de santé sont au nombre des obstacles qui nuisent à la réalisation des droits de l'enfant. (UNICEF) En raison de la pauvreté, les enfants sont souvent victimes de l'exploitation par le travail, de la traite et de la violence sexuelle. En milieu urbain, les filles « vidomegon » (les victimes des trafiquants d'enfants) et les « talibés » (les enfants qui mendient) sont tout particulièrement vulnérables face à l'exploitation sexuelle et à l'infection au VIH/SIDA.

L'ENFANT EST UNE FORCE DE TRAVAIL QUI PERMET D'ACCROÎTRE LA PRODUCTION...

Sur le plan économique, l’enfant est non seulement une force de travail qui permet d’accroître la production, mais également une assurance vieillesse. Avoir une nombreuse descendance était donc un signe de richesse puisque ceci permettait aux familles de disposer d’une importante main d’œuvre pour accroître la production. Aussi des noms tels que Vignon (l’Enfant est une bonne chose), Vidécon (l’enfant y veille), Vidolé (l’enfant est bénéfique), Viwotinlé (l’enfant est un arbre que l’on doit planter), Vigounmidé (l’enfant est la raison de notre présence), sont-ils donnés aux enfants. Au Bénin, 38,8% d’enfants sont strictement exclus (n’ont jamais mis pied à l’école) du système scolaire. Parmi ceux-ci, les 72,5% sont occupés dans le secteur informel, 20,3% sont inactifs et 6,6% effectuent de travaux ménagers Ainsi le bouleversement des structures sociales et l’incapacité des parents à subvenir aux besoins des enfants les conduit à les livrer à la rue, au trafic la délinquance juvénile, à la vente, au travail précoce, à la prostitution et au mariage forcé. Cette situation explique les violations, exclusions et exploitations dont sont victimes les enfants. Ce faisant, des enfants, même très jeunes, sont souvent envoyés par leur parents ou un tiers dans un autre ménage dans le but de répondre à un besoin des adultes du ménage d’accueil ou pour satisfaire des besoins propres à l’enfant déplacé en matière de scolarisation ou d’apprentissage. D’après cette étude, des 99 000 enfants travailleurs migrants béninois âgés de 6-16 ans, la moitié réside dans le pays et l’autre moitié à l’étranger. Les causes culturelles de la violence domestique contre les enfants faible niveau de connaissance du développement de l’enfant par les femmes, valeurs donnant aux adultes le droit de «propriété» sur les enfants, concept de la famille comme sphère privée sous contrôle masculin, acceptabilité de la violence comme moyen de résolution des conflits. Le trafic d'enfants.


Les Vidomégons Sorcellerie et infanticide.


Trafic d'enfants Le trafic d'enfants reste une triste réalité au Bénin. Chaque année, ce sont des milliers de garçons et de filles, parfois âgés d'à peine 6 ou 7 ans, qui sont vendus par leurs parents. Depuis plus de 10 ans, le trafic d' enfants est un phénomène sensible qui préoccupe la communauté internationale. Ce sont des garçons et des filles qui peinent dans les mines et exploitations agricoles, vendus comme des savonnettes à des fins de prostitution, astreints au travail, exposés à des substances et des conditions de travail dangereuses ou subissent d’autres formes d’exploitation. Bien souvent, dans la culture traditionnelle, les enfants sont considérés comme des propriétés de la famille qu'on peut vendre et pas comme des sujets de droit. La commune de Zakpota est réputée pour être l'épicentre du trafic des enfants au Bénin. Plus de 70 % des centaines d'enfants interceptés et rapatriés au Bénin ces dernières années en sont originaires. Mais leur réinsertion se fait difficilement d'autant que la pauvreté reste endémique dans cette zone où la terre a été appauvrie par la culture intensive du coton, dont le cours en baisse ne permet plus aux familles de survivre. Les finalités du trafic d'enfants sont multiples. Des trafics d'autant plus faciles à mettre en place que la plupart des enfants des zones rurales les plus déshéritées n'ont pas d'état civil. "Des gens vendent leur état civil pour 5000 francs CFA (8 euros)", explique Claire Ayemona, ex-ministre de la famille, de la protection sociale et de la solidarité, qui dirige l'ONG Regard d'amour. Le trafic d' enfants, vers les lieux du travail le plus ingrat de la sous-région, mines, plantations ou domesticité, au Nigéria, au Mali ou en Côte d'Ivoire, va croissant au Bénin ces dernières années, encouragé par la pauvreté massive de ce petit pays d'Afrique de l'ouest où aucune loi spécifique n'est prévue pour punir les trafiquants. Dans certains cas, des enfants sont enlevés et vendus par des trafiquants pour la pratique des enfants momifiés: des enfants sacrifiés par des gens qui croient que leur meurtre rituel peut permettre la multiplication de l'argent. Des tantes africaines vivant dans des pays "riches" abusent Ces réseaux de prostitution infantile ne sont malheureusement pas des cas isolés. Les autorités béninoises luttent contre le trafic d'enfants, mais la réinsertion des anciens enfants-esclaves, dont certains perpétuent le trafic, pose souvent problème. Les services sociaux ont créé un système de veille avec quatre comités de lutte contre le trafic des enfants par village. "Avant de réinsérer, il faut réduire la pauvreté dans ces villages. Tant que des parents n'auront pas les moyens pour nourrir leurs enfants, des trafics seront malheureusement organisés." Certaines personnes ont déjà mis en place un système de micro-crédits pour aider les familles dans la création de projets générateurs de revenus. Les Vidomégons En language Fon, "Vidomégon" veut dire enfant placé. A l'origine, le terme "vidomégon" (du Fongbé, une des nombreuses langues du Bénin) qui signifie littéralement "enfant placé auprès de quelqu'un", représentait une chance d'évolution sociale. L'enfant était placé dans une famille plus aisée et considéré comme un enfant de celle-ci. Il pouvait donc bénéficier d'un enseignement, d'une scolarité, ou encore d'un apprentissage artisanal comme les autres enfants. En contrepartie, il participait aux différentes tâches domestiques. Placer un enfant dans une famille d'accueil rentrait dans une pratique culturelle ancienne conforme aux principes de la solidarité. Les parents voulaient garantir à leurs enfants un meilleur avenir. Ce système a fonctionné pendant plusieurs années et a contribué à la promotion de nombreux enfants. Aucune rétribution n’était alors perçue par les parents de l’enfant placé. Avec la colonisation et le développement de pôles urbains, les parents ont commencé à chercher à envoyer leurs enfants auprès de personnes de leur famille dans ces villes. Le placement permettait en effet à un enfant de poursuivre ses études ou un apprentissage. Ces enfants, venant surtout de zones rurales, voyaient s'ouvrir à eux un avenir meilleur avec une scolarité assurée et une perspective de développement à caractère social. Pendant les années 80 et 90, le niveau de vie des béninois a diminué. En ville, un seul salaire ne suffisait pas à entretenir une famille entière. Les familles citadines restent toutefois si sollicitées par leurs familiers ruraux qui vivent une situation de plus en plus difficile et qui veulent avoir moins de personnes à alimenter, qu’elles décident quand même d’accueillir les jeunes. Ces familles n’ont plus les moyens de bien s’occuper de ces enfants et préfèrent les envoyer travailler comme vendeurs ambulants, maçons, mécaniciens, prostituées, etc, afin qu’ils ramènent de l’argent. Avec l'évolution de la société, le placement des enfants n'obéit plus aux mêmes règles. L'enfant est désormais un objet d'exploitation, une bête de somme, taillable et corvéable à merci, même lorsqu'il vient d'une famille parente ou alliée. " Vidomégon rime aujourd'hui avec maltraitance ". "Il n'est pas rare de rencontrer des vidomégons battus ou maltraités, portant sur le corps les marques des coups reçus. À l’origine, le travail précoce des enfants était la manière la plus appropriée pour les parents de faire connaître à leurs enfants le travail qu’ils exerçaient. De nos jours, des parents qui ne peuvent pas garantir les besoins de leurs enfants, préfèrent les placer en échange d’argent (même pour 10.000 ou 20.000 francs CFA) ou d’un simple électrodomestique tel qu’une télévision ou une machine à laver. Les filles sont plus utilisées comme domestiques ou petites commerçantes, les garçons comme travailleurs agricoles, maçons, porteurs etc. Dans certains cas encore, ces enfants placés reçoivent toute l'attention de leur famille tutrice. Ces placements gardent l'esprit de la tradition et de la solidarité. Une statistique a permis de calculer qu’au Bénin il y a environ 100.000 vidomégons dont 92% ont moins de 14 ans et 85% sont des filles qui ont des journées bien remplies : cuisine, vaisselle, lessive, marché. Elles veillent à la quiétude et à la sécurité des « enfants de bonne famille », parfois plus âgés qu’elles. Ces petites filles mal nourries, privées d’école, et sans instruction, logent dans des dépendances insalubres, se contentent de restes parce que leur famille d’accueil ne leur offre rien de plus et elles ne reçoivent que très peu d’argent que récupèrent les parents généralement. Certaines filles sont placées par leurs parents, en attendant d’être suffisamment mûres pour pouvoir être cédées en mariage. Celles qui tentent de fuir sont soumises à un châtiment terrible : bastonnades, supplices divers, dont le plus prisé consiste à introduire du piment dans le sexe de la petite fille. Quelques unes portent même des marques de fer à repasser sur la tempe ou sur les seins, des griffures sur le visage ou sur le corps. Selon l’UNICEF, 65% des ménages enregistrés dans les villes de Cotonou et de Porto-Novo ont un vidomégon. Des ONG et des associations essayent de réinsérer les vidomégons dans leur famille mais ce n’est pas toujours possible car c’est une déshonneur pour les parents . Ceux qui ne sont pas acceptés sont placés dans un centre de religieuses et mis en apprentissage. Le centre des sœurs Salésiennes au Bénin fait partie de ces centres et apprend aux jeunes filles des notions basiques de cuisine africaine et de couture, une formation en hygiène et en alphabétisation et même une formation professionnelle afin de les préparer à un avenir meilleur. Sorcellerie et infanticide. Le diocèse de Wénou, comme d’autres du Nord, est fortement influencé par l’islam et encore plus par le poids de la tradition ancestrale. Une tradition porteuse de valeurs mais qui considère toujours une catégorie d’enfants comme “sorciers”. Chez les Baatonous, les Bokos et les Peuls, les nourrissons dont la naissance ou le développement n’obéit pas à certaines « normes tribales » sont maudits et doivent, par conséquent, être sacrifiés. Il en faut peu pour que l’enfant soit condamné à mort. Est considéré comme sorcier : -un enfant dont la mère meurt en couche -un nouveau né qui se présente par le siège ou par les pieds lors de la naissance -un nourrisson qui se présente par la tête, le visage fâce au sol -un enfant qui met ses premières dents sur la mâchoire supérieure ou qui ne fait pas ses dents avant l’âge de huit mois. Avec des parents compatissants, l’enfant sera simplement abandonné dans la brousse, où il finira par mourir ou par être trouvé et sauvé par une âme charitable. Mais généralement ces critères condamnent automatiquement l’enfant à mort. Il existent d’autres enfants qui subissent le même sort. Il s’agit d’enfants dits “anormaux”. Sont considérés anormaux : -les enfants nés prématurément (surtout autour de 7 à 8 mois) -ceux qui ne crient pas à la naissance. Pour se défaire de ce mauvais sort, on fait appel au "Réparateur". Dès que l’enfant naît de manière anormale ou jugé “sorcier”, le chef de la collectivité va chercher le bourreau ou le « réparateur » qui, une fois sur le lieu, emporte le bébé vers une destination d’où on ne le reverra plus jamais revenir. Celui-ci attache une corde autour des chevilles de l'enfant et tourne plusieurs fois autour d'un arbre avant de fracasser le crâne du nourrisson inoffensif contre le tronc de l'arbre. Le réparateur peut également noyer l'enfant, l'égorger ou l'empoisonner afin d'exorciser le mal que celui-ci apporte sur la Terre. Le professeur Albert Tinglé Azalou, sociologue et anthropologue à l’Université Nationale du Bénin affirme que "l’infanticide rituel est pratiqué dans un souci de préservation de la paix et de la quiétude fondée sur la superstition". Les enfants qui, par miracle ou par chance, sont sauvés et qui continuent de vivre dans leur milieu social sont à jamais traumatisés et marqués d’un sentiment paradoxal de culpabilité. Leur intégration est difficile. Ils sont toujours poursuivis et une menace de mort pèse continuellement sur eux lorsqu’un malheur survient dans leur famille. Ces enfants doivent même faire face à l’ attitude hostile de leurs camarades de classe. Ils sont souvent la cible de quolibets tels que "Sorcier, tu ne peux pas me manger !" Ceux qui ne restent pas dans la maison familiale ni dans le village sont confiés à une famille réputée pour accueillir ces enfants. Ces familles adoptent ces enfants non pas par mesure humanitaire mais pour plus tard servir d’échange avec les éleveurs Peuls contre un bœuf ou faire d’eux des esclaves de la maison. Leur logement ressemble aux étables des bœufs et des moutons, ils doivent se nourrir de la mendicité. Certains de ces enfants deviennent des vidomégons ». La sorcellerie intervient aussi pour beaucoup dans la pratique de tous les trafics mais essentiellement dans le domaine de la prostitution. Maraboutées avant leur départ pour d'autres pays (Europe surtout) les filles destinées aux réseaux de la prostitution ne dénonceront pas leurs proxénètes par peur de représailles sur la famille restée au pays.